Ciné-concert CHARLIE CHAPLIN – « LE KID » avec L’Orchestre de Chambre de Genève

17/11/2019 à 17:00
Nouveau spectacle

ATTENTION : la billetterie pour ce ciné-concert ouvrira le lundi 25 mars à 10h15.

La Fondation de la Saison culturelle de Montreux en collaboration avec Chaplin’s World présentent « LE KID », ciné-concert officiel dans le cadre des célébrations du 130ème anniversaire de la naissance de Charlie Chaplin.

CHARLIE CHAPLIN

Charles Spencer Chaplin est né à Londres le 16 avril 1889. Ses parents, Charles et Hannah, tous deux artistes de music-hall, se séparent avant ses trois ans. Mme Chaplin se bat pour élever Charles et son demi-frère aîné Sydney, enfant illégitime, malgré sa santé défaillante. Vivant la plupart du temps dans des conditions d’extrême pauvreté, les deux garçons passent le plus clair de leur petite enfance dans des institutions pour jeunes indigents.

À dix ans, cependant, Charles débute sa carrière professionnelle dans une troupe d’enfants danseurs de claquettes. Pendant plusieurs années, il joue le petit groom Billy dans la pièce Sherlock Holmes, apparaissant même dans ce rôle dans un théâtre du West End, à Londres. D’autres emplois dans le music-hall finissent par aboutir à son recrutement dans la troupe de Fred Karno, le plus grand imprésario britannique de spectacles de cabaret. Les talents comiques exceptionnels de Chaplin en font très vite la star de la compagnie Karno. Fin 1913, lors d’une tournée dans les music-halls américains, il est remarqué par Mack Sennett et engagé dans la Keystone Comedy Company à Hollywood. C’est le début d’une longue série de courts et de moyens métrages. Il crée alors le costume et le maquillage qui vont le rendre célèbre ; en l’espace d’une année, il a pris le chemin d’une gloire et d’une affection internationales, telles qu’aucun autre comédien n’en a jamais connu.
Rapidement, il passe d’une compagnie à une autre, avec un salaire qui n’en finit pas de grimper, toujours en quête d’une plus grande autonomie créative. En 1918, il monte son propre studio et en 1919 il est cofondateur, avec Douglas Fairbanks, Mary Pickford et D.W. Griffith, de United Artists (les Artistes Associés), une maison de distribution indépendante. Avec des chefs-d’œuvre comme L’Émigrant, Charlot soldat, Le Gosse ou La Ruée vers l’or, Chaplin apporte une nouvelle dimension à la comédie, pas seulement par les talents extraordinaires de son jeu d’acteur ou de sa créativité burlesque, mais aussi dans le domaine de l’étude de caractère, de l’émotion et de la satire sociale présentes dans ses films. L’avènement du parlant a constitué un problème plus difficile pour Chaplin que pour les autres stars du muet. Il avait conquis le public du monde entier grâce au langage universel de la pantomime; et dans ses premiers films parlants, Les Lumières de la ville et Les Temps modernes, il continue en fait à réaliser des films muets, utilisant le nouveau support du son uniquement pour ajouter aux images un accompagnement musical synchronisé et pré- enregistré. Quand il se lance enfin dans les dialogues avec Le Dictateur en 1941, il prouve qu’il peut manier le son et la parole à la perfection.
Chaplin a connu une dévotion universelle quasi unique; mais dans la paranoïa ambiante des États-Unis d’après-guerre, il est la cible des attaques répétées d’une droite américaine qui le soupçonne pour ses positions radicales. Le FBI, sous la direction de son célèbre patron J. Edgar Hoover, orchestre contre lui à grand renfort de publicité un procès en reconnaissance de paternité qui ne fait qu’éroder un peu plus sa popularité. En 1952, Chaplin choisit d’établir sa résidence permanente à Corsier-sur-Vevey en Suisse plutôt que de continuer à se battre contre les Etats-Unis. Il réalise deux autres films en Europe, publie deux autobiographies et continue à écrire des scénarios et à composer de nouvelles partitions musicales pour ses anciens films muets pratiquement jusqu’à sa mort, dans la nuit de Noël 1977.

INTRODUCTION AU KID par David Robinson

Nombreux sont les admirateurs de Chaplin qui considèrent The Kid comme son film le plus personnel et le plus achevé. Il semble pourtant qu’il ait vu le jour dans un contexte de tourments affectifs intenses dans la vie privée de son auteur.

En octobre 1918, Chaplin s’était fourvoyé dans un mariage précipité avec une jeune actrice de 17 ans, Mildred Harris. Le couple avait peu de choses en commun, et l’ennui et la frustration de Chaplin sur le plan personnel le conduisirent à un grave blocage créatif. Il écrivit plus tard dans son autobiographie : « Plusieurs mois s’étaient écoulés et je n’avais réalisé qu’une petite comédie de trois bobines, Sunnyside (« Une Idylle aux champs »), en ayant l’impression de m’arracher une dent. Sans aucun doute, le mariage avait des conséquences sur mes facultés créatives. Après Sunnyside, je ne savais plus quoi faire pour trouver une idée. »
Mildred tomba enceinte et donna naissance à un petit garçon mal formé qui mourut à peine âgé de trois jours. À l’évidence, Chaplin vécut cette perte comme un profond traumatisme. Mais les réactions d’une âme d’artiste sont imprévisibles. Dix jours seulement après l’enterrement de son propre fils, Chaplin faisait passer des auditions à des enfants dans son studio. Son impasse créative semblait brusquement surmontée. Il était absorbé et excité par un nouveau projet : une histoire dans laquelle Charlot deviendrait un père de substitution pour un enfant abandonné. Le film devait s’appeler The Waif (L’Orphelin).

Par hasard, il se rendit alors dans un cabaret où se produisait un danseur prodige. À la fin de son numéro, le danseur fit monter sur scène son fils de quatre ans, un ravissant et pétillant petit garçon du nom de Jackie Coogan. Chaplin venait de trouver son acteur principal. Jackie possédait un don d’imitateur inné et pouvait reproduire à la perfection n’importe quelle action ou expression que Chaplin lui enseignait ; ce qui faisait de lui le collaborateur rêvé. Car Chaplin était toujours le seul et unique créateur de ses œuvres. Tous ses collègues s’accordaient à dire que, s’il avait pu le faire, il aurait joué lui-même tous les rôles de tous ses films. À défaut, il recherchait des acteurs et actrices capables d’imiter précisément ce qu’il leur montrait, acceptant fidèlement cette tâche sans poser de questions. Il avait donc trouvé en Jackie Coogan son acteur idéal.

Jamais l’inspiration ne sembla lui manquer tout au long du tournage, qui s’étendit sur une période de presque neuf mois. Chaplin l’interrompit seulement quelques semaines pour accoucher d’une petite comédie simple et enjouée, A Day’s Pleasure (Une journée de plaisir), histoire de calmer ses distributeurs qui se morfondaient devant la lenteur de son rythme de production. Chaplin n’a jamais paru aussi obstiné dans sa quête caractéristique de la perfection que lors de la réalisation du Kid. Il recommençait patiemment les scènes un nombre incalculable de fois jusqu’à en être pleinement satisfait. Au bout du compte, il avait filmé plus de cinquante fois l’équivalent de la durée du film dans son montage définitif. Un tel ratio de tournage (précisément 53 pour 1) était bien plus élevé que pour n’importe lequel de ses autres films.

The Kid est peut-être dans l’œuvre de Chaplin le mariage le plus réussi entre la comédie et la grande émotion. L’histoire est celle d’une fille-mère qui abandonne son bébé, lequel est retrouvé et involontairement adopté par Charlot. Alors que le petit garçon atteint l’âge de cinq ou six ans, ils forment tous les deux une équipe efficace : l’enfant casse des vitres en jetant des pierres et son compère, vitrier, gagne sa vie en les réparant derrière lui. Charlot s’oppose farouchement aux efforts des travailleurs sociaux pour placer l’enfant à l’assistance publique, et il finit par retrouver sa mère devenue entre-temps une célèbre chanteuse d’opéra. L’émotion du film touche à son apogée dans la séquence poignante où les travailleurs sociaux essayent d’emmener l’enfant de force à l’orphelinat. L’angoisse et l’acharnement avec lesquels Charlot se bat pour garder le garçon s’inspirent sans aucun doute des souvenirs personnels de Chaplin et de sa propre douleur quand, à l’âge de sept ans, il a été arraché à sa mère et placé dans une maison pour enfants déshérités.

À la fin du tournage, Mildred, la femme de Chaplin avec qui la rupture est désormais consommée, a entamé contre lui une procédure de divorce. Terrifié à l’idée que les avocats de celle-ci n’essayent de faire saisir The Kid, Chaplin et ses plus fidèles associés quittent alors la Californie. Le film est monté en grand secret dans un hôtel de Salt Lake City et dans un studio anonyme à New York. Il y a encore d’autres problèmes financiers avec les distributeurs, mais quand The Kid sort enfin sur les écrans du monde entier en février 1921, c’est un triomphe immédiat, peut-être même le plus grand triomphe de toute la carrière de Chaplin.

Jackie Coogan, alors âgé de sept ans, devient une star internationale, honoré par les princes, les présidents et le pape en personne au cours de la tournée européenne qu’il entreprend. Il poursuit brièvement une carrière d’enfant acteur mais, comme les fins esprits de Hollywood le soulignent, « il est frappé de sénilité précoce à l’âge de 13 ans. » Très vite, il se retrouve sans le sou : sa mère et son beau-père ont mal géré ses économies de jeunesse, et le peu d’argent qui lui reste est englouti dans des batailles juridiques. La seule issue positive de toute cette affaire est que les ennuis hautement médiatisés de Jackie conduisent à l’adoption d’une loi garantissant une protection financière aux enfants artistes ; encore aujourd’hui, cette loi est connue sous le nom de « loi Coogan ». La carrière de Jackie connaîtra un second souffle inattendu quand cet ex plus bel enfant du monde deviendra cette fois le plus affreux des vieillards, l’oncle Fester de la série télévisée La Famille Addams.

Mais tout ceci était encore bien loin lorsqu’en 1921, pour la seule et unique fois de sa carrière, Chaplin partageait réellement la vedette d’un de ses films à l’affiche de The Kid, qui valut à ses deux héros des sommets inégalés de renommée et d’affection internationales sans précédent.

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